Eduquer en paix, c’est possible

Pour éduquer en paix, ne cherchez pas à avoir la paix. Ce n’est pas un jeu de mots, c’est réellement la posture que nous avons à adopter.

Prendre les épreuves à bras le corps, les traverser d’une manière habile nous conduit droit à la seule paix qui existe, la paix du coeur.

Eduquer c’est un geste de foi et d’amour.

Le chemin initiatique

Pour l’éducateur, accompagner l’enfant , c’est prendre le chemin initiatique vers la découverte de soi, pour retourner vers son centre.

Qui dit chemin initiatique dit rencontre, souffrance, passage et transformation.

Dans la relation avec l’enfant, l’éducateur rencontre inévitablement ses défaillances et ses manques, peut-être celles qu’il a essayées le plus longtemps possible d’éviter.

La capacité à en souffrir est, au fond, une chance car c’est l’aiguillon qui le pousse à travailler ces difficultés pour les traverser et se transformer.

La capacité à comprendre profondément

Ce que j’appelle « capacité à comprendre profondément », c’est cette capacité à comprendre non pas avec l’analyse et le raisonnement, mais avec le corps et ses ressentis.

En ce qui concerne l’éducation, il vaut mieux nous méfier de nos connaissances intellectuelles. Elles sont tellement encombrées de croyances erronnées et limitatives, transmises par l’éducation. Elles sont également faites de généralités qui ne tiennent aucunement compte du caractère particulier de chaque situation.

Nous pouvons accéder à notre vérité profonde par le corps et ses ressentis. Nous pouvons entendre ce qui est bon pour nous et pour l’enfant. Nous pouvons nous comprendre dans la profondeur . Ainsi, nous pouvons comprendre l’enfant.

C’est, assurément, la ressource dont nous avons le plus besoin en éducation.

L’intellect et la sensibilité

Il ne s’agit pas ici de rejeter en bloc le fonctionnement intellectuel dans l’éducation.

Il s’agit de retrouver l’équilibre entre l’intellect et la sensibilité. Il s’agit de sortir de l’usage exclusif et à outrance du raisonnement et de la logique pour comprendre l’autre et la relation.

Pour qu’une décision en éducation puisse résonner en l’éducateur et en l’enfant, elle doit émaner de la compréhension profonde de la situation et des personnes impliquées, puis de l’examen rationnel de tous les éléments de la situation. Elle doit émaner de l’alliance entre l’intellect et la sensibilité.

Retrouver l’usage éclairé de l’intellect demande à passer par le corps dans un premier temps afin de nettoyer le coeur des émotions qui l’encombrent et de permettre à l’intellect de voir la situation et non de l’interpréter.

La difficulté à accéder au corps et à ses ressentis

Le langage du corps est diffus, imprévisible, porteur d’inconnu. Faire confiance au corps et à ce qu’il nous dit signifie abandonner le contrôle par le besoin obsessionnel d’expliquer par le raisonnement, le rationnel et le logique.

C’est souvent la peur qui nous empêche d’écouter ce que dit notre corps: la peur de perdre le contrôle ainsi que la peur de souffrir.

Le premier contact avec nos sensations et nos ressentis peut être difficile car nous prenons réellement conscience des tensions intérieures et des noeuds dans certains endroits du corps.

Comprendre par le corps

Une situation qui bloque, les mêmes réactions de l’éducateur qui entraîne les mêmes réactions de l’enfant, des difficultés relationnelles de plus en plus grandes, la sensation d’être perdu : ce sont les signaux des limites de notre capacité intellectuelle à comprendre la situation et à trouver les réponses adéquates.

Comprendre par le corps c’est lui faire de l’espace pour qu’il puisse nous envoyer des messages  à propos de ce qui se joue: des messages toujours surprenants et non prévisibles par l’intellect.

Faire silence

Pour entendre les messages du corps, il nous faut apprendre à faire silence, autrement dit faire taire ces projections, ressassements, jugements qui tournent en boucle.

Il s’agit bien du travail décrit dans l’article « Le travail émotionnel-Qu’est-ce-que-c’est? »: s’appuyer sur les sensations du corps pour que le silence intérieur puisse s’établir.

Dans le silence, nous pouvons accéder à la compréhension profonde de la situation. Cette compréhension provoque immédiatement un relâchement des tensions et l’apaisement de l’émotion.

Une autre réponse

Dans l’apaisement et le calme revenus, nous pouvons examiner de façon neutre et objective tous les éléments en jeu pour prendre une décision.

Cette réponse est, à coup sûr, différente des réactions habituelles, données sous le coup de l’émotion et sous le joug d’une compréhension partielle  et erronnée .

L’énergie de la compréhension profonde est aussi l’énergie de l’ouverture et du lien avec l’enfant. Cet élément fait la différence en éducation.

Une réponse, même très frustrante et très ferme, annoncée avec cette énergie , est accueillie avec ouverture et compréhension par l’éduqué.

Cette démarche suppose que les réponses ne soient pas forcément données immédiatement et que les difficultés ne puissent pas être résolues rapidement.

Cela va à l’encontre de certaines croyances issues de l’éducation et de l’apprentissage où la rapidité est valorisée, où il ne faut pas laisser traîner les situations problématiques.

Cela suppose que l’éducateur a fait du chemin par rapport à ses peurs et ses doutes, par rapport au regard de l’autre.